L'expertise a un prix

Une initiative de la Fédération des médecins spécialistes du Québec

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Éditorial   |   jeudi 18 février 2010

La Fédération des médecins spécialistes du Québec voulait susciter le débat public. C’est chose faite. La Fédération savait que des opinions divergentes se feraient entendre dans le cadre de sa campagne publicitaire. C’est chose faite aussi. Nous nous attendions à des propos qui critiquent, jugent et même condamnent notre démarche. Si tout le monde a droit à son opinion et a droit de la partager, pourquoi n’en serait-il pas de même pour le corps médical quand il est question d’économie…

Nous croyons utile de rétablir certains faits. Répéter ad nauseam que les médecins spécialistes demandent des « augmentations de salaire » de 4 % par année constitue une grossière déformation. Ce sont des « enveloppes globales » que notre Fédération et celle des médecins omnipraticiens du Québec négocient, et non des augmentations salariales comme ailleurs dans le secteur public.

Prenons un exemple fictif, celui d’un groupe de 1000 personnes rémunérées chacune 10 000 $ par année; leur rémunération totale représente une
« enveloppe globale » de 10 000 000 $. Si nous ajoutons à ce groupe 30 nouvelles personnes, « l’enveloppe globale » augmentera automatiquement de 300 000 $, pour passer à 10 300 000 $, soit une augmentation de 3 %, et ce, sans avoir augmenté d’un millionième de point de pourcentage la rémunération individuelle. Or, si on tient compte des cohortes actuelles d’étudiants, le nombre de médecins augmente déjà de 2,5 à 3 % chaque année; de fait, c’était 3 % l’année dernière. Il va sans dire que si notre enveloppe n’augmente pas, on assistera tout simplement à une diminution de rémunération. À 3 %, un gel, et ainsi de suite.

Il est aussi utile d’insister sur le fait que les médecins ne sont pas des employés de l’État; ils sont des travailleurs autonomes payés à l’acte médical qu’ils prodiguent aux malades et ils n’ont pas de régime de retraite, contrairement à ce que certains laissent entendre. En clair, quand ils ne travaillent, ils ne sont pas payés. Il faut aussi rappeler qu’encore aujourd’hui leur rémunération est plus de 40 % inférieure à celle de la moyenne canadienne, même en tenant compte des différences du coût de la vie avec les autres provinces. Qu’on veuille l’admettre ou non, ils sont soumis à la concurrence provenant des autres provinces et des autres pays.

Par ailleurs, contrairement à ce qui a été dit, notre campagne ne vise pas seulement à régler la situation des médecins spécialistes, d’où son titre :
« lexpertiseaunprix.com ». Certains n’ont pas résisté à faire le lien entre nos éventuelles demandes au gouvernement et notre campagne. Or, il faut savoir qu’au Québec, quand on détient une expertise professionnelle et que l’on est rémunéré à l’intérieur du secteur public, les écarts sont systématiquement significatifs par rapport aux principaux indices de comparaison. Ce n’est pas nous qui le disons, c’est notamment l’Institut de la statistique du Québec. Nos arguments peuvent donc tout autant s’appliquer aux infirmières, aux professeurs, aux ingénieurs, aux ergothérapeutes, aux physiothérapeutes, aux avocats de l’aide juridique et aux procureurs de la Couronne… qu’aux médecins.

Or, nous croyons que le gouvernement a les moyens de payer ses professionnels au même niveau que les autres provinces canadiennes. Qui plus est, les mesures que nous proposons s’inscrivent pleinement dans un effort collectif pour que le Québec recouvre sa santé financière et sorte de la spirale de l’endettement. Cependant, il doit faire des choix, décider, assumer le leadership nécessaire.

L’argent est là. Les propositions que nous faisons sont non seulement toutes documentées – il faut seulement se donner la peine de consulter les références, elles sont tout ce qu’il y a de plus sensé :

  • taxer des biens de luxe ou nocifs pour la santé;
  • exiger des redevances dans certains secteurs sans nuire à notre compétitivité;
  • appliquer les lois existantes dans le domaine minier;
  • agir comme leader au Canada dans le cas des prix des médicaments génériques;
  • s’assurer d’éliminer les abus dans la construction des routes au Québec;
  • exploiter commercialement l’eau douce de ruissellement, laquelle s’écoule inutilement vers la mer pour y devenir salée.

Nous allons poursuivre notre campagne. Traiter de notre situation économique collective n’est pas le lot exclusif des économistes, des chroniqueurs ou des éditorialistes. Les médecins sont des contribuables comme les autres et ils ont décidé d’exercer leur liberté d’expression sur des sujets qui concernent tout le monde et qui interpellent de plus en plus de citoyens. Et c’est tant mieux!

Gaétan Barrette, M.D.
Président de la Fédération des médecins spécialistes du Québec

 

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